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Dossier Alberti Benedetti Millás 2003

-Proposition de plan-

Dossier = 2 espagnols et un uruguayen, XX e siècle

  1. Rafael Alberti : poète et peintre espagnol, 1902-1999, exilé dans divers pays (URSS, Argentine, Italie) de 1939 à 1977, député communiste de la première assemblée démocratique issue des élections de 1977.

  2. Mario Benedetti, romancier uruguayen, né en 1920. Victime de plusieurs emprisonnements lors de la dictature militaire en Uruguay dans les années 70.

  3. Juan José Millás, romancier espagnol né à Valence en 1946, créateur des Articuentos, à mi-chemin entre article de presse et conte. Univers urbain, personnage souvent partagé entre raison et folie. Ambiance souvent à la limite du fantastique. Approche très psycho-analytique des situations.

Les documenst proposés :

Texte de Juan José Millás :

La date (juillet 2000) correspondant à la période estivale ton festif de jouissance qui imprègne le texte, inciter au plaisir de la lecture :

abondance de métaphores développées jusqu'à leurs conséquences ultimes, confinant au délire. = secouer le récepteur, devenu amorphe sous le bombardement incessant des discours, le faire réagir . Il est donc indispensable de retrouver la saveur initiale des mots.

Le non-accès visuel d'un mot disparu dans les replis -de la reliure, déclenchement d'une série de comparaisons et de métaphores, qui se construisent autour de l'éviscération, de la dégustation, de l'ingestion, de la rumination. La bouche supplante l'œil. La bouche, lieu du plaisir gastronomique et lieu de la parole, prononcée, échangée.

Retrouver le goût des mots implique que l'on s'y exerce :

Retrouver l’innocence première : celle de la découverte du signe écrit ou du son perçu, sans que le sens vienne immédiatement interférer.

Exemple : l'abord spontané des langues étrangères avant même de les étudier. "hay que reivindicar el don de lenguas, que consiste justamente en disfrutar de los idiomas con la boca'. Le don des langues n'évoque pas seulement ici, la facilité de d'apprentissage des langues étrangères. Il renvoie à un phénomène mystérieux : 'lo entendí todo hasta que caí en la cuenta de que no sabía alemán'. Ce "don de lenguas" =Notre surdité et notre inappétence vient d'une surconsommation de mots.

Les mots sont précieux, on ne peut les gaspiller, les galvauder: leur usage est compté chez les moines. Retrouver le goût des mots avec leur intensité d'origine : balbutiements gourmands de l'enfant opposés à la satiété de l'adulte face au langage.

On constate que 1e texte se construit par un centrage progressif spatio-temporel décroissant; du livre à la lettre : "el libro", 'volumen', lineas", 'palabras'. 'alfabeto'. De même, il procède à un retour aux origines, depuis l'adulte sachant et aimant lire, à l' "Infans," découvrant les premiers mots. Toutes ces nécessités seront évoquées par les tournures de l’obligation personnelle et impersonnelle.

Texte de Benedetti :

Ce poème date des années antérieures au coup d’état, mais le titre du recueil « letras de emergencia (1969-1973) » suggère très bien l’ambiance qui régnait à l’époque dans les rues de Montevidéo, par exemple. Mario Benedetti a traité de ce thème dans un autre livre, Andamios, publié en 1997.

L'interlocuteur/narrateur est politiquement très avisé et sensible à la valeur des mots; il déjoue à l'avance les pièges des discours officiels qui visent à endormir la population par des propos démagogiques. Dénonciation de la corruption érigée en système de gouvernement -de l'injustice et des inégalités sociales endémiques aux pays d'Amérique Latine (ici l'Uruguay). L’identification du destinataire et de l’auteur de ce poème se feront à partir d’observations bien guidées : le lexique et langage populaire, familier « corral » « porquería » « limpiarse la boca' » associés à la notion de « pueblo » permettront de bien comprendre l’antagonisme : nosotros / usted – el pueblo / el gobierno

Tableau de Alberti : AIberti -. El lirismo del alfabeto, "Libertá'

Oeuvre (25 lettres de l'alphabet) réalisée entre 1969 et 1972, année de la première exposition à Rome.

Les axes thématiques reliant ces trois documents sont les suivants :

- une réflexion sur le langage et les mots, la parole et le signe.

- force et richesse du langage et des mots, émoussés ou détournés par l’usage quotidien.

Ces deux thèmes étroitement imbriqués prennent la forme

Destinés à une classe de Première, ces documents permettront de faire réfléchir les élèves sur le rôle premier des mots et sur les dangers qui les guettent : détournement et banalisation. Année d’examen en français, ce niveau sera sans doute très sensible à ces arguments et à ce thème de travail.

Les objectifs linguistiques Sachant que les objectifs fondamentaux d'un cours de langue vivante sont aider à comprendre l'écrit, comprendre l'oral, parler en continu, converser et écrire, les points suivants sont des objectifs plutôt indicatifs et complémentaires :

  1. Objectifs lexicaux (lexique des documents et apporté par l’enseignant au cours des séances)

Le langage : substantifs – letra, palabra, vocable, giro, vocabulario, el abecedario, placer

Adjectifs : claro oscuro, gustoso,

verbes : escribir, leer, saber, (dans ses deux sens savoir + avoir le goût de ), hablar, aprender, estudiar, etc …

la peinture : verbes plasmar, pintar, simbolizar

substantifs : la paleta, los colores, el camafeo, el grafismo + situer dans l’espace : en lo alto, en la parte inferior, en el centro, a mano izquierda, a mano derecha, etc …

adjectifs : sinuoso, recto, luminoso, dinámico, etc …

formuler la prise de conscience : caer en la cuenta – enterarse de – entender / comprender- menospreciar alabar - reivindicar

  1. Objectifs syntaxiques :

Les objectifs culturels parallèles au thème central :

Projet de séquence :

Le texte « Leer » de J.J. Millás, par son ton faussement léger me paraît être une bonne introduction à ce thème de la lecture et de l’importance des mots. Les élèves entreront assez facilement dans cet univers parfois loufoque (un libro que se pueda chupar) avant d’être guidé par le professeur vers une interprétation plus profonde du message. Comme écho à cet article de presse, le poème de Benedetti viendra rappeler que dans beaucoup de pays les mots peuvent être porteurs de mort et de souffrance pour celui qui les dit ou qui les entend. Ces deux textes forment d’ailleurs un jeu de miroirs ne serait-ce que par leur titre respectif : « Leer » et « Las palabras ». C’est dans un dernier temps que le tableau de Alberti prendra tout son sens : jeu sur les formes et les couleurs, jeu sur les mots (ALBERTI = LIBERTA)

Leer ouvrirait donc la séquence. Deux heures de cours seront nécessaires pour travailler à la fois sur le sens et sur les ressorts narratifs utilisés par Juan José Millás. Deux heures me semblent également nécessaires pour faire comprendre et étudier le texte de Benedetti. Le tableau de Alberti pourra faire l’objet d’une seule heure de cours.

Texte de Juan José Millás :

Par sa forme comme par son contenu, ce document me semble se prêter parfaitement à une compréhension lue par les élèves : la lecture n’oppose aucun obstacle à une approche globale du sens. Rapidement, les élèves sauront dire que l’auteur encourage d’une façon très originale ses lecteurs à lire.

Les nombreux emplois du usted du texte donneront lieu aux premiers passages style direct style indirect.

Ce texte se caractérise par sa richesse thématique et linguistique, d’où les 2 séances prévues. On pourrait consacrer la première heure à un commentaire global du document, donnant lieu à un travail de reconstitution pour le lendemain à partir de mots clé et de quelques constructions notées au tableau, afin d’éviter le traditionnel résumé appris par cœur par l’ensemble de la classe.

Puisque certains passages sont propices au débat, (ex : 'Si te relajas y no piensas tante en el significado de las frases como en su sabor, lo comprendes todo sin necesidad de estudiar') , la seconde heure pourrait permettre à la classe de discuter en espagnol sur les arguments avancés par JJ Millás. Parler est-il une « gourmandise » pour tout le monde ? L’humour si particulier de Millás fait-il mouche dans l’esprit de nos élèves de première ? (ex : no dude en metérselo en la boca). A quoi fait-il allusion lorsqu’il écrit : « Cuando las palabras sean un bien escaso, como el caviar, recuperaremos el asombro de … » ? (Y aura-t-il un jour interdiction de parler ? Perdrons-nous un jour cette faculté ? A cause de quoi ?) organisation de l'exercice de débat / discussion par goupe de 4, avec rapporteur, etc ...

Outre les nouveautés lexicales nombreuses, on pourra s'attacher à souligner la polysémie de "saber" (avoir le goût de, savoir): 'Las palabras... saben mejor que las que están a simple vista » /« 'no sabía alemán = goût et savoir, savoir / saveur (saber / sabor).

Un travail écrit à faire à la maison pourrait être proposé pour conclure : Redactar unas 10 líneas acerca de la relación que tienes personalmente con los libros y la lectura, utilizando las estructuras gramaticales estudiadas. Cet exercice permettra de faire une véritable synthèse des apports grammaticaux et aussi d’obliger les élèves à écrire à la première personne.

Des exercices écrits sur les points de grammaire rencontrés pourront également être proposés à l’issu des deux heures de cours. Exemples :

Texte de Benedetti :

(Pour bien situer ce poème, il me semble nécessaire que les élèves possèdent quelques notions sur l’histoire récente de l’Uruguay : coup d’état en 1973, dictature militaire pendant 12 années, répression féroce contre les opposants dont Mario Benedetti lui-même. Afin de ne pas accabler les élèves sous trop d’informations, une simple note en haut de page devrait suffire.)

Ce poème date des années antérieures au coup d’état, mais le titre du recueil « letras de emergencia (1969-1973) » suggère très bien l’ambiance qui régnait à l’époque dans les rues de Montevidéo, par exemple. Mario Benedetti a traité de ce thème dans un autre livre, Andamios, publié en 1997.

Poème souvent mis en musique, il pourrait être intéressant de faire écouter l’une des versions chantées ou, plus simplement que le professeur lise ce document livres fermés. Le style répétitif de certaines strophes, véritables refrains, et l’impact de certains mots clés comme Violencia, torturar, revolución devrait rapidement les conduire à identifier un poème qui parle d’affrontements, de violence, d’opposition. L’emploi récurrent de usted permettra également d’imaginer un destinataire à ces mots.

La découverte du titre va sans doute surprendre, et c’est l’étude du texte qui permettra aux élèves de le mettre en relation avec le poème. Par de nombreux emplois du style indirect, ils reconstitueront l’essentiel du message en employant de nombreux cas de subjonctifs (verbes d’ordre, transformation des impératifs) : que celui qui tient des discours ne dévoie pas le sens des mots, en les vidant ou en les détournant de leur sens (soberanía / entregar el país – nada más que por hablar). L'interlocuteur/narrateur est politiquement très avisé et sensible à la valeur des mots; il déjoue à l'avance les pièges des discours officiels qui visent à endormir la population par des propos démagogiques. Dénonciation de la corruption érigée en système de gouvernement -de l'injustice et des inégalités sociales endémiques aux pays d'Amérique Latine (ici l'Uruguay). Autant de points que les élèves devraient déceler facilement avec l'aide de leur professeur. (On peut réintroduire à cette occasion "parece mentira que+ subj ».)

L’identification du destinataire et de l’auteur de ce poème se feront à partir d’observations bien guidées : le lexique et langage populaire, familier « corral » « porquería » « limpiarse la boca' » associés à la notion de « pueblo » permettront de bien comprendre l’antagonisme : nosotros / usted – el pueblo / el gobierno

Cette première heure de cours s’achèvera sur un constat de colère latente qui émane de ce texte, mise en lumière par les nombreuses mises en garde rythmées par « mire que ». Le travail pour le cours suivant pourrait être la préparation non rédigée de la réponse à la question : ¿Qué tipo de gobierno es el destinatario de este poema ? » Cette préparation obligera les élèves à replonger au cœur du texte pour y retrouver les reproches que Mario Benedetti fait à « usted » tout en utilisant les structures découvertes.

La seconde heure insistera plus sur l’aspect musical de ce texte, sur la répétition régulière de la première strophe et sur le jeu des rimes. Une très légère initiation à la versification permettra à ces élèves préparant l’E.A.F. de constater les différences (nombre de syllabe, assonances) entre poésie française et hispanique. L’effet produit par cette répétition sera commenté : insistance, détermination, clairvoyance, « maturité » en opposition à l’infantilisation des discours officiels .

Puis un deuxième temps pourra être consacré à l’ironie mordante de l’auteur (todos sabemos / que adelante no es atrás – hay para este vicio / una cura radical – sobreranía / soberana porquería) qui se moque de la suffisance des gouvernants de l’Uruguay. Humour acide, insistance, démonstration argumentée : les élèves concluront sur l’effet que pouvait produire un tel texte dans l’Uruguay des années 70, juste avant et surtout après le coup d’état.

Le travail pour le cours suivant serait une mémorisation de quelques strophes, par exemple les cinq dernières, de manière à obtenir une récitation expressive, mettant en relief le sens profond du texte. Un travail complémentaire pourrait être un court texte personnel qui répondrait à la question : « ¿no te parece inútil este tipo de texte de protesta ? » qui permettrait de réemployer les tournures de l’obligation utilisées pour le texte de Millás.

Tableau de Alberti : AIberti -. El lirismo del alfabeto, "Libertá'

Oeuvre (25 lettres de l'alphabet) réalisée entre 1969 et 1972, année de la première exposition à Rome.

La peinture, l’art dans son ensemble étant avant tout une émotion, il semble judicieux de faire découvrir aux élèves l'œuvre graphique sans en donner le titre. Qu'ils partent à la recherche de ces signes inscrits sur la feuille, dans une sorte de découverte progressive et de lecture tâtonnante. Le lien immédiat entre signifiant et signifié n'est pas évident, distendu qu'il est par le jeu formel et la disposition sur l'espace de la feuille.

Leur faire préciser quel type de sensation visuelle déclenche chez eux une telle œuvre: celle du dynamisme ? (grâce à l'occupation de tout l'espace + mouvement vers la droite, accentué par la série des 5 triangles dont les sommets sont orientés vers le coin supérieur droit?)

Par déduction plus que par reconnaissance, ils identifieront les lettres et essaieront de donner leurs impressions sur ce curieux assemblage de formes, de lignes droites, et sinueuses, angles acérés, courbes, tant dans les contours des lettres représentées que dans les signes décoratifs qui animent finement les surfaces peintes; couleurs primaires atténuées, exaltées par le noir profond, le tout sur un fond uniforme gris clair, discret.

C’est donc une série de contrastes tranchés sans être brutaux que les élèves décriront dans un premier temps.

La révélation du titre du tableau et de la série (L(ibertá) – El lirismo del alfabeto) ainsi que la double passion de l’auteur -poésie et peinture- les guideront vers une interprétation en rapport direct avec les deux textes précédents. Libertá, (et non "Libertad") : bref rappel de la biographie du poète, exilé d'abord en Argentine puis en Italie pour fuir le régime franquiste. Après l'élucidation, sans doute nécessaire, du terme « lirismo » (qui chante la gloire de), leur demander d'établir une relation entre le titre et l'œuvre : y voient-ils une adéquation? (impression d'un graphisme qui pourrait suggérer à certains la sonorité de la voix, du cri, à l'instar de certains traits propres à la BD)

Insister sur le lien entre deux formes d'expression : acte d'un Peintre-poète qui donne une dimension plastique au matériau de base de son écriture : la lettre de l’alphabet. Le choix de "Libertá" (anagramme de "Alberti") n'est pas anodin quand on sait l'engagement politique de l'auteur. Mais cette liberté, revendiquée au nom de tous, est aussi celle affirmée du Créateur.

Les textes de Millas et de Benedetti trouveront ici un écho indiscutable : le poète sensé faire chanter les mots les rend ici visibles, palpables, indispensables à la beauté du monde, à sa cohérence, à son bon fonctionnement. Ni banalisation, ni détournement, les mots doivent rester ce qu’ils sont c’est à dire porteur de sens et d’espérance.

Lors de cette séquence, les élèves auront donc lu, écrit, écouté, parlé « de » et parlé « à », c'est-à-dire que les 5 compétences du cadre commun des langues du conseil de l’Europe auront été mises en pratique.

Evaluation :

Outre l’évaluation des diverses activités liées à l’apprentissage (contrôle oral en début d’heure, exercices écrits faits à la maison d'une séance à l’autre), un devoir écrit portant sur les trois documents sera proposé. Voici deux exemples de sujet de synthèse pour l’expression écrite :

1 : ¿Cuál de los tres documentos te parece defender mejor las palabras y el lenguaje ?¿por qué ?

2.: ¿Crees que la Libertad es poder hablar y leer sin limitaciones ?

De plus, cette séquence de travail pourrait conduire à l’étude d’autres documents traitant des rapports entre les mots et la réalité. Je pense par exemple à un extraordinaire texte de Rulfo intitulé « el día del derrumbe » qui décrit la visite d’un politicien mexicain dans un village qui vient juste d’être dévasté par un tremblement de terre : même décalage entre le contenu des paroles et la réalité vécue par les victimes.

Suite de l'étude travail interdisciplinaire avec le professeur d’arts plastiques, mise en forme picturale de mots sélectionnés individuellement ou collectivement (projet commun à la classe ou à des groupes d'élèves)

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